
Les scientifiques s’intéressant aux troubles de langage ont constaté que la musique peut jouer un rôle de remédiation très positif. Comme c’est souvent le cas dans ce domaine, des recherches qui partent de problèmes comme la dyslexie ou les troubles d’attention avec hyperactivité, s’avèrent intéressantes pour l’ensemble des élèves et sont ensuite adoptées par toute la communauté éducative.
Il y a en effet plusieurs raisons de s’intéresser à ces recherches.
Premièrement, les problèmes que rencontrent les enfants qui ont des troubles de langage peuvent affecter, à des degrés différents, tous les élèves à un moment donné de leur croissance et de leur scolarité.
Ensuite, ces troubles jettent une lumière intéressante sur le processus d’acquisition du langage et nous aident à mieux comprendre l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.
Enfin, les difficultés posées par l’orthographe anglaise, notamment pour les francophones, sont telles qu’on peut imaginer un rapprochement entre l’enfant dyslexique anglophone et l’élève français. Il ne s’agit pas de dire que les élèves francophones sont des dyslexiques en puissance, mais plutôt de constater que les problèmes d’association entre phonème et graphème dans les deux cas sont suffisamment similaires pour que ce phénomène, et les moyens d’y remédier, retiennent notre attention.
Katie Overy[1], professeur de musique à l’Université d’Edinburgh et co-directrice du Institute for Music in Human and Social Development, a consacré ses recherches depuis plusieurs années au rôle de la musique dans l’apprentissage. Elle a élaboré une série d’exercices pour améliorer les fonctions langagières des enfants dyslexiques. Elle a d’abord noté la difficulté de traitement temporal du langage qu’ont ces enfants, c’est-à-dire, le fait qu’ils ont du mal à identifier et à produire les sons du langage dans une séquence oral rapide. Ce sont des difficultés de coordination d’audition mais aussi de motricité. Elle constate que les spécialistes qui ont utilisé le chant en groupe comme technique pour focaliser l’attention des élèves et ralentir le débit de parole ont obtenu des résultats intéressants.[2] De même, elle et d’autres ont vu que les problèmes d’orthographe ont pu être sensiblement diminués avec un simple travail de frappes rythmiques.
Les « nursery rhymes » qu’apprennent les enfants anglophones dès leur plus jeune âge sont aussi très intéressantes pour développer la conscience phonologique et la perception du rythme de la langue. Toutes ces activités améliorent les capacités de séquençage, de coordination motrice et de mémorisation. Dans la section « Pédagogie de l’oral » de notre livre Apprendre l’anglais: un livre de ressources pour les enseignants de la maternelle au collège (Les Éditions du Net, 2023), nous présentons quelques-uns des exercices développés par cette chercheuse. Overy préconise aussi de s’inspirer des travaux des chercheurs qui se sont penchés sur l’apprentissage de la lecture par les enfants dyslexiques. Ces chercheurs ont mis en avant l’importance d’engager tous les sens de l’enfant dans l’apprentissage, d’échelonner l’apprentissage par niveau de difficulté et de répéter régulièrement les exercices. Il s’agit en l’occurrence de la méthode dite « Enseignement multi-sensoriel simultané » ou EMS, dont nous sommes largement inspiré pour la rédaction de ce livre.
[1] Overy, Katie (2008) « Classroom rhythm games for literacy support » in Miles et alii (Eds.) (2008) Music and Dyslexia: A Positive Approach, Wiley: 26-44.
[2] Les références sont données dans Overy 2008, p. 28.

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