
Quand on entendait le futur 47ième président des États-Unis appeler ses opposants politiques des « vermines » qu’il fallait « exterminer », ou dire que les migrants à la frontière sud allaient « contaminer le sang pur des Américains », on ne pouvait éviter de penser à un autre figure politique célèbre : Adolphe Hitler. La même façon de diaboliser ses opposants, en les réduisant à des animaux nuisibles, les mêmes références au sang pur du peuple et sa contamination par un race impur.
John Kelly, ancien chef du cabinet de Trump 1, avait prévenu, quelques semaines avant l’élection de novembre, que son ancien patron correspondait bien à la définition d’un fasciste : chef autoritaire militariste d’extrême droite, ne tolérant aucune opposition, à la tête d’un pouvoir hypercentralisé, croyant en une hiérarchie sociale naturelle. Il a cité plusieurs occasions où Trump exprimait son admiration pour Hitler et regrettait que ses propres généraux ne lui étaient pas aussi soumis que ceux du dictateur allemand.
On était donc prévenu : l’Amérique allait connaître un régime qui ressemblerait fortement à celui qui a précipité le peuple allemand dans une guerre désastreuse et bouleversé le cours de l’histoire pour des décennies.
« Coulée brune » : les mille stratégies du fascisme pour envahir le langage »[1]
Dans un récent livre, Olivier Mannoni, le traducteur de Mein Kampf dissèque les mécanismes du discours politique hitlérien, qu’on retrouve aussi chez Trump. En voici quelques extraits.
« Une langue dont on massacre la syntaxe, la grammaire et l’orthographe ne peut plus être un outil de réflexion rationnelle. Le langage chaotique d’Hitler dans Mein Kampf, celui de Trump (…) ne sont pas, ou pas seulement, le fruit de [leur] incapacité (…) à formuler une pensée. Ce travail de démolition souterrain ronge le dialogue démocratique (…) et nous prive de nos moyens d’expression et le fait en prétendant nous rendre notre ‘liberté’. »
« Les premiers signes de la violence passent toujours par le langage et l’architecture de l’autoritarisme se retrouve dans les discours de certains politiques passés maîtres dans l’art de la manipulation des foules. »
« En détournant le langage, en vidant les mots de leur sens, en faisant appel à l’indignation au détriment de la réflexion et en compartimentant grossièrement les processus de pensée, les extrémistes politiques instillent l’idée que le monde se divise en deux camps, les bons et les mauvais, et qu’il convient de se ranger du côté de l’histoire qui n’accepte pas l’existence de l’Autre. »
« La propagande ne passe donc plus directement par un discours rationnel et construit mais par une agitation permanente, insidieuse, souvent d’une extrême violence verbale, n’hésitant pas à utiliser l’injure, la menace, les fausses nouvelles, les montages vidéo et photographiques dans le but de décrédibiliser les démocraties.
« L’Ukraine de Volodymyr Zelensky est peuplée de « nazis » … Ces attaques créent peu à peu une confusion généralisée du langage, conduisent à l’émergence simultanée de métalangues primitives et figées, coupées du réel. « La guerre c’est la paix. La liberté c’est l’esclavage. L’ignorance c’est la force » : le slogan fictif inventé par George Orwell dans 1984 est en train de devenir la réalité de notre langage politique. »
« Les mots perdent leur sens, les grands courants politiques qui ont fait le socle de notre pays se dissolvent au gré des circonstances. La confusion généralisée s’installe. Et elle donne le jour à un univers de pensée où les mots n’ont, littéralement, plus aucun sens. »
« La maîtrise du langage est un outil crucial pour qui veut contrôler son destin dans la cité. »
Pour aller plus loin dans la réflexion et voir comment, même en France, la contamination du langage de la pensée politique se poursuit, lisez l’article de Bérengère Viennot et Olivier Mannoni, daté du 13 octobre 2024 dans le journal en ligne SLATE
[1] Olivier Mannoni, Éditions Héloïse d’Ormesson, Parution le 10 octobre 2024. C’est aussi le titre de l’article de Bérengère Viennot et Olivier Mannoni cité à la fin de cet article.

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